En psychologie analytique jungienne, les rêves occupent une place essentielle. Ils sont considérés comme des manifestations spontanées de l'inconscient, porteuses de sens et de symboles. Loin d'être de simples productions de l'imagination ou le reflet d'événements de la journée, ils expriment ce qui cherche à être reconnu dans notre vie psychique. Ils peuvent mettre en lumière des conflits intérieurs, des peurs, des aspirations, mais aussi des ressources encore inexploitées.
Pour Carl Gustav Jung, le rêve ne cherche pas à tromper ni à masquer la réalité ; il vient au contraire compléter le point de vue conscient en apportant un éclairage différent sur notre situation intérieure. Comme il l'écrivait :
« Le rêve est un autoportrait spontané, symbolique, de la situation actuelle de l'inconscient. »
L'interprétation des rêves ne repose pas sur un dictionnaire de symboles ni sur des significations toutes faites. Un même symbole peut avoir des sens très différents selon la personne qui rêve, son histoire, sa sensibilité et le moment de sa vie. C'est pourquoi le travail d'analyse consiste à explorer les images du rêve avec le rêveur, dans un dialogue où le sens se construit progressivement.
Dans la pratique, les rêves peuvent accompagner les grandes étapes de l'existence : une période de doute, une séparation, un deuil, un changement professionnel, une maladie ou encore une quête de sens. Ils offrent souvent un regard nouveau sur ce que nous vivons et peuvent favoriser des prises de conscience qui ouvrent la voie au changement.
L'interprétation des rêves
Comme le souligne Bertrand de la Vaissière, psychanalyste et auteur d'ouvrages jungien, le rêve est avant tout une rencontre avec soi-même. Il ne donne pas des réponses toutes faites ; il invite à une écoute patiente de notre monde intérieur et à un dialogue avec les différentes dimensions de notre psyché.
Au fil de la psychanalyse, les rêves deviennent ainsi de véritables compagnons de route. Ils permettent d'approfondir la connaissance de soi, de mieux comprendre les transformations en cours et de soutenir le processus d'individuation, c'est-à-dire le chemin qui conduit chacun à devenir plus pleinement lui-même.


Le rêve est, au sein de la psychologie analytique, comme de manière générale en psychanalyse, « la voie royale » menant à la compréhension des contenus inconscients.
Cependant, pour le psychiatre suisse Carl Gustav Jung, son interprétation et sa fonction dans la psyché diffèrent de la perspective freudienne. Jung explique en effet que :
« La fonction générale des rêves est d'essayer de rétablir notre équilibre psychologique à l'aide d'un matériel onirique qui, d'une façon subtile, reconstitue l'équilibre total de notre psychisme tout entier. C'est ce qu'il appelle la fonction complémentaire (ou compensatrice) des rêves dans notre constitution psychique »
En ce sens, le rêve participe du développement de la personnalité, en même temps qu'il lie le sujet au vaste réservoir imaginaire qu'est l'inconscient collectif. Selon l'analyste Thomas B. Kirsch, « Jung considère le rêve comme un phénomène psychique naturel et normal, qui décrit la situation intérieure du rêveur et en fait un autoportrait spontané, sous forme symbolique, de l'état présent de son inconscient »
Selon Jung, la principale fonction du rêve est de contribuer à l'équilibre psychique, de la même façon qu'il participe à l'équilibre biologique. Se souvenant du rôle de la compensation invoquée par Alfred Adler, il constate que tout ce que nous vivons dans la journée n’accède pas à la conscience.
Certains phénomènes restent en effet subliminaux. Dans le rêve l’aspect caché, inconscient d’un concept, peut être mis en images.
La psyché de l’homme est constituée de parties conscientes et d’autres inconscientes, ces dernières s'expriment pendant les rêves qui permettent ainsi, en les reliant, de sauvegarder l'équilibre psychique.
Pour restaurer la stabilité mentale, et même physiologique (Jung parle en effet de la « fonction biologique compensatrice » des rêves) il faut que la conscience et l’inconscient soient intégralement reliés, afin d’évoluer parallèlement. Cette fonction de compensation se retrouve dans toute sa théorie.
Carte de l'Enfer dans la Divine Comédie de Dante Alighieri, par Sandro Botticelli (vers 1480-1495)
Michael Lukas Leopold Willmann, Paysage du rêve de Jacob, vers 1691.

La « conjonction des opposés », ou réunion des contraires représente la conjonction du conscient et de l'inconscient (gravure alchimique extraite du traité Aurora consurgens, environ 1500).